On dirait que c’est vrai : ma recherche de peintre

Le Bon Moment, nature morte de Pierre Barraya : porcelaine, confiture et viennoiseries posées sur un napperon en dentelle.

On me dit parfois, en regardant mes natures mortes : « On dirait une photographie. » Je comprends ce compliment, mais ce n’est pas exactement ce que je recherche.

Je ne cherche pas à faire dire : « On dirait une photo », mais plutôt : « On dirait que c’est vrai. »

La différence est importante. Une photographie reproduit l’apparence des objets. Dans ma peinture, j’essaie de leur rendre une présence : le poids d’un fruit, la transparence d’un verre, l’éclat d’un métal, la finesse d’une porcelaine ou le relief d’un napperon. Je veux que le spectateur ait presque l’impression que ces objets occupent réellement l’espace devant lui.

Cette illusion ne repose pas uniquement sur la précision du dessin. Elle vient aussi des couleurs, des valeurs, de la lumière, des ombres et de la manière dont les matières réagissent les unes avec les autres. Chaque objet doit conserver sa nature propre, tout en participant à l’équilibre général de la peinture.

Lors d’une exposition organisée pendant la Foire de Paris, j’ai assisté à une scène qui résume parfaitement cette recherche. Certains visiteurs s’approchaient de mes natures mortes et essayaient de toucher les napperons. Ils tentaient même de passer leurs doigts dessous, comme s’ils pouvaient se détacher de la toile.

Pour moi, cette réaction était le plus beau des compliments. Ces visiteurs ne se demandaient plus comment la peinture avait été réalisée : pendant un instant, ils avaient cru à la présence réelle des objets.

C’est cette sensation que j’ai poursuivie pendant toute ma vie de peintre. Non pas copier servilement la réalité, ni rivaliser avec une photographie, mais donner à une surface plane assez de vie, de matière et de profondeur pour que l’œil hésite.