Cet article, publié à l’origine dans le magazine Dessin et Peinture en 2005, montre étape par étape la réalisation du portrait de Leeloo, ma petite-fille, alors âgée de cinq ans.
Deux ans auparavant, j’avais déjà peint son portrait. Cette fois, j’ai choisi une photographie mélancolique, très intérieure. Leeloo étant naturellement très espiègle, j’ai voulu rendre son expression un peu plus souriante que sur la photo de départ.

À l'époque, sa couleur préférée était le rose, un détail important à mes yeux : un portrait doit refléter le caractère du modèle avant toute autre considération. Peindre une personne que l’on connaît bien rend la ressemblance plus exigeante, mais que voulez-vous, on n’a rien sans rien !
Le matériel et la préparation
J’ai travaillé sur une toile épaisse de 65 × 50 cm, avec des crayons 2B et 7H, une grande feuille de calque, du fixatif, de l’essence de térébenthine et du siccatif de Courtrai blanc. Pour peindre, j’ai utilisé différents pinceaux et brosses, notamment des pinceaux en martre et en Kolinsky, plusieurs pinceaux usés bombés ainsi qu’un spalter de 6 cm.
Le dessin
À l’aide d’un calque de la dimension de la toile, j’ai reproduit les grandes lignes du dessin au crayon 2B sur un tirage grand format et inversé de la photographie.
J’ai ensuite reporté ce tracé sur la toile pour le retrouver à l’endroit, puis repris l’ensemble au crayon 7H. J’ai cherché à me rapprocher le plus possible de la photographie en indiquant soigneusement les volumes.
Une fois le dessin repris, je fixe l’ensemble en pulvérisant régulièrement du fixatif sur toute la toile, afin que la matière soit uniforme. Je laisse sécher une nuit, puis je ponce légèrement la surface au papier de verre double zéro avant de tendre la toile sur le châssis.

Préparation des couleurs
Ma méthode consiste à préparer de petits tas de couleurs présentant des nuances différentes. J’utilise un couteau à palette pour les broyer et les mélanger. Les couleurs de base sont le rouge de cadmium, le jaune hélios et le blanc.
J’ajoute une toute petite quantité de terre d’ombre à la couleur la plus claire. Puis, pour obtenir des tons progressivement plus foncés, j’incorpore davantage de terre d’ombre et de jaune de cadmium orangé.

J’essuie soigneusement le couteau entre chaque mélange afin de conserver la netteté des différentes nuances.
Le visage
Je mélange les couleurs avec du siccatif pur, puis je les applique rapidement sur l’ensemble du visage avec les pinceaux usés bombés.

J’estompe aussitôt les couleurs entre elles avec un gros pinceau usé bombé, employé à sec, afin d’obtenir les passages les plus doux possible.

Lorsque je constate qu’une zone doit être légèrement plus foncée ou plus rouge, je prépare la nuance directement sur la palette. Je la superpose sur la peinture, puis je la fonds immédiatement avec les pinceaux usés bombés secs.


Pour que ces pinceaux restent secs et propres, je les essuie régulièrement avec du papier absorbant, sans utiliser d’essence : celle-ci risquerait d’effacer les couleurs au lieu de les estomper. L’ensemble du visage doit être travaillé très rapidement, avant que la peinture ne commence à tirer et rende les dégradés difficiles à réaliser sans taches.
Les yeux et la bouche
J’accentue le dessus et le bord des paupières avec de la terre d’ombre presque pure, appliquée au petit pinceau puis estompée avec un petit pinceau usé bombé et sec.

Pour peindre les iris, je mélange de la terre d’ombre avec du jaune orangé, puis j’en souligne le contour avec de la terre d’ombre pure. La pupille est noire, avec une pointe de blanc, tout en conservant les reflets en réserve.
Les sourcils sont indiqués au pinceau fin avec de la terre d’ombre et une pointe de blanc.


Pour la bouche, je mélange les couleurs de base avec du rouge. J’utilise un petit pinceau usé bombé pour fondre les nuances entre elles. L’ombre séparant les lèvres est composée de terre d’ombre, d’un peu de noir et de rouge.



Deux défauts importants me sautent alors aux yeux. Malgré ma rapidité d’exécution, les dégradés de la peau ne sont pas encore satisfaisants et certaines zones me déplaisent. Plus grave encore : la ressemblance n’est pas là. Je ne reconnais pas ma petite Leeloo, sans parvenir immédiatement à comprendre pourquoi.

Je reprends alors le calque du dessin, que je roule et fixe en haut de la toile. En le déroulant et en l’enroulant successivement, je compare le dessin et la peinture pour identifier les différences : une paupière un peu plus lourde, des yeux légèrement plus en amande… Je rectifie progressivement chaque détail.

Le fond et les cheveux
Le fond, très pâle, est composé de blanc avec une pointe de noir et de rouge. Je l’applique rapidement, puis je l’estompe avec un spalter sec, en le faisant légèrement empiéter sur le volume des cheveux.

Pour les cheveux, je commence par appliquer rapidement les différentes couleurs préparées sur la palette : ocre jaune, terre d’ombre et blanc, mélangés dans diverses proportions.

Je fonds ensuite ces aplats avec des pinceaux usés bombés et secs. Il faut plisser les yeux pour ne plus distinguer les détails et éviter de se perdre dans les boucles.

Je reviens ensuite en superposition avec des pinceaux pointus pour indiquer les cheveux un à un.

J’ajoute enfin les reflets clairs, qui donnent tout leur éclat à la chevelure.

Pour mieux repérer les défauts, j’utilise un miroir. Le fait de voir l’image inversée accentue les erreurs, qui sautent alors aux yeux. La difficulté consiste ensuite à rétablir l’équilibre lorsque l’on reprend la peinture à l’endroit.
Le long travail de finition
Une nouvelle fois, j’observe la peinture dans le miroir et je reprends l’ensemble de la peau afin de lui donner davantage de matière. Je vais cependant trop loin : l’ensemble devient trop coloré.

Cela fait partie du travail. Je décide donc de revenir avec des tons plus clairs.

Je reprends encore une fois l’ensemble du visage et des cheveux.

Un ou deux jours plus tard, j’atténue les endroits trop marqués en appliquant la couleur presque sans la diluer, puis en la lissant avec des pinceaux usés bombés et secs.

Je travaille encore les cheveux, j’atténue la bouche, devenue un peu trop rouge, et j’accentue légèrement le sourire. Ces finitions peuvent durer très longtemps. Tout dépend du moment où l’on décide : est-ce terminé ? Puis-je encore aller plus loin ? Alors on'arrête et on signe.
