Peindre un nu à l’huile : Nina, étape par étape

Peindre un nu à l’huile : Nina, étape par étape

Le nu est probablement l’un des sujets les plus difficiles à peindre à l’huile. Une bonne photographie de référence, un dessin précis et une observation attentive des couleurs de la peau sont indispensables. Dans cet article, publié à l’origine dans le magazine Dessin et Peinture, je présente pas à pas la réalisation de Nina, depuis le report du dessin sur la toile jusqu’aux dernières reprises des volumes, du fond et des cheveux.

Le matériel

Pour réaliser cette peinture à l’huile sur une toile de 92 × 60 cm, au format 30 Marine, j’ai utilisé les couleurs suivantes :

  • blanc de titane ;
  • jaune de cadmium orangé ;
  • jaune Hélios ;
  • terre d’ombre naturelle ;
  • rouge de cadmium clair ;
  • ocre jaune.

Pour les pinceaux et les brosses :

  • un pinceau Raphaël en martre no 14 ;
  • plusieurs brosses usées bombées ;
  • un petit pinceau fin en Kolinsky no 2 ;
  • une brosse plate no 16 ;
  • un spalter de 6 cm.

J’ai également utilisé un crayon 2B, un crayon 7H, une grande feuille de calque, un couteau à palette, du siccatif de Courtrai blanc, de l’essence de térébenthine, du fixatif en bombe, une palette jetable et, bien entendu, une bonne photographie de référence.

Le dessin

La qualité de la photographie de départ est essentielle. Je conseille de réaliser soi-même les photographies avec le modèle de son choix. Le travail devient alors plus personnel : il ne s’agit plus seulement d’un exercice, mais de la création d’une véritable œuvre.

Pour reporter le dessin sur la toile, j’ai utilisé un calque de grand format et reproduit la photographie à l’aide d’un quadrillage. J’ai ensuite repris soigneusement le dessin au crayon 2B, puis indiqué les ombres avec un crayon plus dur, en veillant à ne pas salir la toile. Ces premières valeurs m’ont servi de guide au moment de commencer la peinture.

J’ai passé deux couches régulières de fixatif en bombe, espacées d’environ une heure, puis laissé sécher l’ensemble pendant toute une nuit. La toile a ensuite été tendue sur son châssis. Avant de peindre, je l’ai légèrement poncée avec un papier de verre très fin afin d’éliminer les petites aspérités laissées par le fixatif.

Le corps et les couleurs de la peau

Pour préparer une gamme de couleurs correspondant aux différentes nuances de la peau, je réalise plusieurs mélanges à partir de blanc de titane, de rouge de cadmium, de jaune Hélios, de terre d’ombre naturelle et de jaune de cadmium orangé.

Je commence par une teinte très claire composée principalement de blanc, avec une petite quantité de rouge et de jaune. J’ajoute ensuite progressivement de la terre d’ombre et du jaune orangé afin d’obtenir plusieurs tons, du plus clair au plus foncé. Je vérifie régulièrement la couleur sur le couteau à palette en la comparant directement à celle de la peau.

Avec un pinceau légèrement trempé dans le siccatif de Courtrai blanc, je pose rapidement les différentes couleurs en aplats. Je les fonds ensuite entre elles à l’aide de brosses usées bombées, parfaitement sèches, en travaillant de gauche à droite et de bas en haut. Cette méthode permet d’obtenir des dégradés réguliers, sans séparation visible entre les différentes zones.

Je termine ce premier passage en effleurant légèrement la surface avec un spalter sec. Les brosses servant à estomper sont simplement essuyées avec du papier absorbant : elles ne doivent contenir aucune essence, car celle-ci diluerait la peinture au lieu de fondre les couleurs.

Je procède de la même manière pour le bras, le dos, l’autre bras, les fesses et enfin la main, dont les nuances demandent une attention particulière. Les volumes doivent rester légers et homogènes : il ne faut ni exagérer les formes ni leur donner un aspect trop mou.

Pour terminer, je retire soigneusement les débordements de peinture avec une brosse plate et un peu d’essence de térébenthine. Je place alors la toile horizontalement afin de travailler plus facilement et avec davantage de précision.

Le fond

Pour le fond, je prépare plusieurs nuances à partir de blanc de titane et de terre d’ombre naturelle. Je broie les couleurs au couteau à palette afin d’obtenir trois valeurs principales, du ton le plus foncé au plus clair.

Je pose d’abord ces couleurs en aplats sur la toile, en prenant soin de contourner les cheveux. Je les mélange ensuite avec un spalter sec pour créer un dégradé doux et régulier.

Les contours du personnage sont repris avec un petit pinceau. Je tourne la toile lorsque cela me permet de travailler plus confortablement, puis je fonds délicatement la couleur du fond avec une brosse usée bombée et sèche. Cette étape est importante : le personnage doit se détacher du fond sans que ses contours paraissent trop durs.

Les cheveux

Pour les cheveux, je prépare une nouvelle palette composée d’ocre jaune, de blanc et de terre d’ombre naturelle.

Comme pour le corps, je commence par indiquer rapidement les principales valeurs en aplats. J’étire ensuite les couleurs avec des brosses sèches, en suivant le mouvement naturel des cheveux.

Je place parfois la toile horizontalement afin de tracer plus facilement les courbes, en prenant appui avec mon coude. Je reprends plusieurs fois les mèches avec un pinceau fin, tantôt avec une couleur foncée sur une zone claire, tantôt avec une couleur claire sur une zone foncée.

Peu à peu, la masse des cheveux prend forme. Il est utile de plisser légèrement les yeux pour ne pas se perdre trop tôt dans les détails et conserver une vision d’ensemble.

Je termine en faisant dépasser quelques cheveux sur le corps. Ils sont tracés avec un petit pinceau et une peinture très fluide afin d’obtenir les lignes les plus fines possible, sans laisser de taches.

Les finitions

Après avoir ajouté quelques valeurs claires dans les cheveux pour leur donner davantage d’éclat, la peinture aurait pu être considérée comme terminée. J’ai cependant préféré attendre une journée avant de la regarder de nouveau et de reprendre l’ensemble du corps.

Lorsqu’on décide de retoucher une peinture déjà commencée, il vaut mieux travailler de nouveau sur toute la zone concernée plutôt que d’effectuer quelques corrections isolées. En séchant, la couleur fonce légèrement et des reprises trop localisées risqueraient de laisser apparaître des traces ou des différences de tons.

Il est toujours difficile de savoir exactement quand une peinture est achevée. J’ai finalement décidé de m’arrêter lorsque la présence du corps m’a paru plus palpable et les volumes moins accentués.

Je me suis alors quelque peu éloigné de la photographie de départ, mais cela fait aussi partie du travail du peintre. Une photographie sert de référence ; elle ne doit pas empêcher l’interprétation. Chacun, selon sa sensibilité, peut ainsi trouver sa propre manière de traduire la réalité.


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